COSMOS[E] I
Valentin et Sybil ont tous deux parcouru la planète : l’un en écrivant, l’autre en dansant. Ils partagent le goût pour les échanges simples et authentiques, la diversité des paysages et des cultures. À l’affût des pulsations du monde et de leur intériorité, leur approche artistique fait la part belle à l’intuition et la présence à l’instant.
Cosmos[e] I est une rencontre à la croisée des chemins, quand le corps et l’esprit tourbillonnent au-delà des frontières.
Valentin nous ouvre sa valise et partage ses voyages sur fond musical, de l’ivresse amoureuse à notre appartenance au sauvage. Sybil donne forme à ce qui est exprimé.
La musique navigue du jazz au Moyen-Orient en passant par l’Afrique et l’Asie. Une poésie aux accents universels trouve écho dans la danse méditative des derviches tourneurs entremêlée d’influences orientales, Amazigh, gypsy d’Inde, flamenco et contemporaines.
Un spectacle venu d’ici et d’ailleurs dans lequel les sentiments virevoltent entre le phrasé de Valentin et les jupes tournoyantes de Sybil.
VALENTIN
Ses amis le surnomment le « poète-voyageur ».
Après une enfance heureuse au parfum migrateur puis des études d’écologie, c’est un voyage initiatique en Amérique du Sud qui rebat les cartes de sa vie. Sac à dos, tente et pouce tendu, la route lui enseigne à vivre l’instant et chérir l’inconnu. Quand le corps et l’esprit chantent en chœur à l’appel du mouvement…
Afin d’apprivoiser l’intensité des événements, Valentin se met à noircir les pages de son carnet. C’est le début d’une longue passion, tel un feu crépitant dans la nuit de l’esprit.
A force de lignes et de kilomètres, il réalise que raconter l’ailleurs c’est entrer en soi-même par un jeu de miroir où s’effacent les frontières. Dans le silence de la page blanche, le cœur a tous les droits, ouvrant la voie/x aux contrées intérieures tissées d’ombre et de lumière.
Suivront la Tunisie, la Roumanie, le Maroc… vagabondages exaltants, des livres plein les poches et l’intuition pour boussole. Sans oublier les petits boulots, la contemplation du vivant et un sens aigu de l’amitié : une vie de bohème qui le place dans le sillage des auteurs et protagonistes qu’il affectionne – quand fiction et réalité se rejoignent.
En 2020, l’écologue de formation pose ses valises dans les montagnes drômoises pour une vie simple au contact des éléments. Un quotidien paisible où le sauvage l’inspire, insufflant l’âme à ses poèmes. Au fil des mots, il explore sa sensibilité à la recherche d’une langue qui lui ressemble. De là naîtront ses premiers livres, dont plusieurs collaborations avec des amies graphistes et illustratrices : « Jeûne et rêveries », « Visions roumaines », « Pierre, feuille, poème », « Quand vient la nuit au pays sage ».
D’une curiosité insatiable, Valentin aime voguer à travers les continents et les époques, colorant sa pratique de nombreuses influences littéraires : des mystiques persans aux ermites asiatiques en passant par l’Inde et les peuples racines. Sans oublier quelques grands noms des temps modernes : Rimbaud, Neruda, Tagore, Pessoa, Kerouac, Jim Morrison et tant d’autres. Ainsi se tissent, par-delà l’espace-temps, d’insolites complicités dans le grand bain universel.
Sa découverte du haïku, un poème épuré d’origine japonaise, le plonge dans un monde de sens et de présence à l’instant où la dualité s’abolit au profit du sentiment d’appartenance. Une passion qu’il partage allégrement en animant des balades poétiques auprès d’un large public.
Entre en scène sa bien-aimée dont la rencontre lui vaudra une transe poétique aussi fertile qu’imprévue. De cette expérience naîtra une série de poèmes en vers libres à connotation slam, au plus proche de l’émotion première.
Concordance des temps, l’univers place Sybil sur sa route, une danseuse au grand cœur qui l’aide à passer le cap de l’oralité. C’est tout naturellement qu’ils s’associent pour imaginer « Cosmos[e] I », un spectacle intimiste sur fond de musiques du monde, venues se poser comme par magie sur les textes de Valentin.
SYBIL
De l’enfance à l’adolescence, les expériences du corps construisent petit à petit un rapport sensible et viscéral de Sybil à sa pratique. Elle transite par la gymnastique, la danse contemporaine, la pole dance, de multiples sports et le cirque aérien.
Puis un désir profond de voyage la pousse à stopper ses études de sciences politiques et de philosophie-sociologie pour rejoindre l’Amérique du Sud : le Mexique, le Panama, puis la Colombie. En Colombie, elle croise le carnaval del perdón et y rencontre des peuples autochtones, avec lesquels elle vivra quelques mois. Leur mode de vie, de transmission, la bouleversent et lui ouvre un nouveau chemin où le travail intérieur, la simplicité du quotidien, la place des femmes dans ces sociétés et la rencontre sculptent une façon d’être et de vivre qui marqueront son parcours.
De retour en France, elle poursuit ses recherches à travers la danse-thérapie et un travail corporel quotidien (yoga, bamboudo, danse, respiration). Puis elle rencontre la danse des derviches tourneurs, le Semâ (écoute), pour laquelle elle aura un coup de foudre. Elle se forme avec de grands maîtres : Rana Gorgani et Sarah Dehghan, puis Bita Afsharmoghadam à Konya, en Turquie.
Après de longs mois de pratique, elle poursuit ses voyages à la rencontre de différentes cultures où la danse prend une place centrale. Elle rejoint les Khalbelias, peuple gitan, en Inde pour y apprendre les danses des femmes, puis l’Andalousie et le flamenco, et enfin les danses orientales au Maroc, auprès des peuples d’Amazigh et d’un grand maître Maalem Gnawa. Sa route se parsème de rencontres et d’une grande fluidité autour du corps et de la transmission. Afin d’intégrer tous ces cadeaux de la vie, elle prend la route de l’Himalaya afin d’apprendre à méditer avec les moines.
La danse tournoyante du Semâ permet de concentrer et de raconter toutes ces expériences du corps. Sybil la choisit comme l’endroit qui conte et dit la subtilité de ce chemin intérieur. Cette forme de transe, de méditation active, d’origine soufie, est un espace d’introspection mais aussi de miroir, d’expression, de connexion avec les éléments, la nature, les humains. À l’image de la vie, de nos tumultes et de nos rythmes fous, la danse derviche devient une forme de réponse et de métaphore. Le danseur tourne pour s’enraciner en lui. Le sol devient un axe, le cœur un centre. Comme dans une tornade, la seule façon de ne pas se faire éjecter hors de la danse ou de perdre pied est de rester centré sur son axe et d’accueillir en soi les mouvements intérieurs et extérieurs. La philosophie méditative du calme dans la tempête… La danse du Semâ est une spirale ascendante ininterrompue, un mouvement qui semble amplifier les reliefs de ce qui se passe et rendre visibles les nuances. C’est une louange silencieuse au dépouillement, un retour au mouvement primal, simple et essentiel.